Lancées en juin 2017, les révisions de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) et de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) ont abouti le 21 avril 2020 à la publication de deux décrets structurants pour la politique énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique française. Ils fixent les orientations en matière d’énergie et de lutte contre le réchauffement climatique à horizon 2028 (PPE) et 2050 (SNBC) :
La PPE en particulier prévoit que la part des énergies renouvelables atteigne 24 % en 2023 et entre 32 et 35 % en 20281.
Cette PPE affiche des ambitions fortes pour l’ensemble des énergies renouvelables, aussi bien en termes de production d’électricité (capacité visée de 101 à 113 GW en 2028, à comparer à une capacité installée de 48,6 GW fin 2017) que de consommation de chaleur (219 à 247 TWh en 2028 à comparer aux 154 TWh consommées sur l’année 2017).
Quelle place la géothermie sera-t-elle amenée à tenir dans le mix énergétique préconisé ?
Les tableaux ci-dessous indiquent le mix chaleur que la PPE permettrait d’atteindre en 2023 et 20282 :
La contribution de la géothermie assistée par pompe à chaleur serait donc amenée à doubler entre 2017 et 2028 (scenario B), celle de la géothermie profonde serait presque multipliée par 3.
On constate donc que la géothermie tiendrait, progressivement, un rôle modéré, mais solide et croissant dans le mix énergétique.
Ces scenarios, s’ils sont moins ambitieux que ceux qui étaient formulés dans la PPE établie en 2016, en raison des difficultés qu’a connues la filière de géothermie de surface et du rythme modéré de développement des projets de géothermie profonde, témoignent de la confiance portée aux solides atouts de la géothermie.
Dans la PPE, la reconnaissance des très bons coefficients de performance des pompes à chaleur géothermiques, de leur compétitivité économique en coûts complets et du rôle de la géothermie dans la production de froid renouvelable amènent à préconiser :
De même, le très bon rendement énergétique des opérations de géothermie profonde (95 %) relevé par la PPE et la compétitivité économique de cette énergie renouvelable, notamment, motivent :
Le réalisme des objectifs affichés n’est donc pas problématique, dans la mesure où les actions d’accompagnement – si elles sont menées avec la volonté et les moyens nécessaires - et le professionnalisme des acteurs de la filière, permettront aux projets géothermiques de jouer leur rôle dans la production de chaleur et de froid renouvelables. Les actions menées dans le cadre du groupe de travail Wargon, relatif au développement des réseaux de chaleur et de froid renouvelables3, devraient créer une dynamique vertueuse pour l’atteinte de cet objectif.
Les objectifs de la PPE concernant la géothermie électrogène sont les suivants :
2016 | 2023 | 2028 | |
---|---|---|---|
Objectifs (MW) | 1 | 24 | 24 |
Les auteurs de la PPE ont indiqué que, compte tenu du coût de production de l’électricité par géothermie, le soutien à la géothermie se concentrera principalement, en métropole, sur la production de chaleur. Le tarif d’achat s’appuyant sur le tarif de référence de 246 €/MWh est abandonné pour les projets non-engagés. Il est précisé que « les projets de production d’électricité ayant déjà fait l’objet d’une demande de complément de rémunération recevable seront soutenus ». Par ailleurs, « Des projets innovants, notamment couplés à de la production de lithium, seront le cas échéant soutenus dans le cadre de dispositifs à la R&D ». L’extraction de lithium en France couplée à des opérations de géothermie aurait en effet un très faible impact environnemental et contribuerait à l’indépendance nationale en approvisionnant les industries à un prix stable et compétitif. Cela améliorerait le modèle économique des centrales de production géothermique d’électricité et/ou de chaleur.
Un certain nombre de verrous scientifiques sont cités et identifiés comme facteurs de réduction des coûts. Il est également reconnu que le bilan carbone de la géothermie profonde est très proche de la neutralité (les émissions totales de CO2 calculées sur toute la vie d’un projet varient entre 17 et 60 g/kWh).
On peut donc y voir une invitation à poursuivre les efforts en recherche et innovation afin d’assurer la fiabilité et la compétitivité de la production d’électricité géothermique à moyen terme.
Positions et avis d’organisations à consulter :
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1En 2023, la consommation d’énergie finale devrait être d’environ 1525 TWh soit 7,6 % de moins qu’en 2012. La consommation finale brute d'énergie (intégrant notamment les pertes réseau et la consommation de la branche énergie) devrait être de 1637 TWh. Elle sera assurée par 389 TWh d’énergies renouvelables, c’est-à-dire que les énergies renouvelables couvriront 24 % de la consommation finale.
En 2028, la consommation finale énergétique devrait être de 1378 TWh soit 16,5 % de moins qu’en 2012. La consommation finale brute d'énergie (intégrant notamment les pertes réseau et la consommation de la branche énergie) devrait être de 1489 TWh. Elle sera assurée entre 477 et 529 TWh par des énergies renouvelables, c’est-à-dire que les énergies renouvelables couvriront entre 32 et 35 % de la consommation finale brute d'énergie.
2Le premier tableau est issu de la PPE qui est annexée au décret. Les valeurs issues du décret (second tableau) et du document PPE varient parfois.
3Notamment, la mesure 22, « Stimuler l’examen et le montage de projets d’exploitation géothermique, avec l’appui des services déconcentrés de l’État et l’ADEME, pour les réseaux alimentés par des énergies fossiles là où la géothermie présente des gisements importants. »
Pour aller plus loin